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La forêt : le tabernacle des premières amours humaines et aujourd’hui encore

Même si la terre est aujourd’hui recouverte de buildings, la nature est l’habitacle naturel de l’homme. Avant la sédentarisation, les signes avant-coureurs de la modernité, les premières formes de constructions, la nature, en plus de sa fonction nourricière atemporelle, fit également office de toit, de lieux de repos et bien sûr, d’amour. Ses forêts, ses prairies, ses nombreux arbres ont reçu, abrité, vécu les premiers actes érotiques.

 

À la question de savoir où les premiers hommes ont fait l’amour, tout le monde répondra : en pleine forêt ou en pleine nature. Au début donc, la nature et ses immenses forêts est un grand lit à ciel ouvert où les hommes dorment, se couchent et couchent. L’érotisme n’est-il pas ce que l’homme a de naturel en lui ? Si oui, quoi de plus normal que de le pratiquer dans les forêts de la nature. En ce moment, deux natures se réunissent pour le plaisir de l’une dont il faut assurer la protection. La nature forestière protège et préserve l’homme de même qu’elle accueille la nature lubrique de ce dernier. Cette hospitalité que les paysages forestiers de la nature accordent à nos amours devrait être perçue comme un symbole fort de l’inscription de la nature humaine, seule réalité existante, jusque dans l’univers qui l’héberge. Si le désir est immédiat ? Pourquoi ne pas l’assouvir dans l’environnement immédiat. L’acte sexuel est donc consommé à même le sol comme s’il fallait faire un même corps avec la Terre au sens gréco-mythologique du terme pour qu’elle accueille divinement la passion et la nourrit de ses entrailles.

 

Aujourd’hui encore, certains bois du monde servent de lit d’amour. Nous pensons ici au Bois de Boulogne à Paris en France, un véritable lieu de plaisir historique. Bien que cette forêt urbaine abrite les amours tarifées, elle permet aux habitué(e)s de réaliser le fantasme originel, devenu presque mythique, de s’assouvir en pleine forêt. Derrière les arbres, tandis que certaines prostituées y restent dans la plage arrière de leur voiture ou de leur camion, d’autres déballent ou aménagent des tentes, des abris de fortune dans les bois (Christment 2015). Sexe et buissons y forment une association harmonieuse pour le bonheur des clients. La littérature a exploité et continue d’exploiter ce fantasme mystique de l’homme de faire corps avec la nature forestière en y faisant l’amour. Les œuvres de chair, à l’image de Justine ou les malheurs de la vertu de Sade, surfent sur cette union initiale de l’homme et de la nature, à travers les amours auxquelles celui-ci s’adonne, pour produire des textes tantôt provocants, tantôt séduisants. Les productions littéraires de l’époque contemporaine ne manquent pas de faire un « clin d’œil » à ces amours qui se vivent en pleine forêt. Femme nue, femme noire (2003), roman de la Franco-camerounaise Calixthe Beyala, met en scène une héroïne dissipée, picaresque, multipliant les rencontres. Une manière pour elle de faire un pied-de-nez aux sociétés traditionnelles africaines où le plaisir sexuel de la femme compte moins que celui de l’homme. La première scène d’amour entre l’héroïne et Ousmane a lieu sous un manguier. De même qu’à la fin du roman, c’est sur la verdure qu’elle se donne à ses dernières rencontres. Ce qui n’est pas sans rappeler ces amours bucoliques de la littérature occidentale où la nature fut un lieu pastoral idyllique pour de nombreux « colloques sentimentaux » (Brulotte 362). La nature accueille favorablement les amours de Lin et Gao dans Le livre d’un homme seul (2000) de l’écrivain français d’origine chinoise, Gao Xingjian : « …là, en plein soleil, dans le doux vent des collines, ils se donnaient l’un à l’autre avec frénésie. Ils ne se sentaient bien que dans ces moments-là, allongés dans les herbes folles » (320). Cette même nature abritera ses ébats avec une jeune infirmière. Ils se vautreront « dans les forêts des Huit Grands Sites de la banlieue ouest de Pékin » (405). Les bois (118) dans Place des fêtes (2001) du Togolais Sami Tchak tiennent aussi lieux de réceptacle de brusques embrasements des sens. Dans Johnny Chien Méchant (2002), le récit de guerre du Congolais Emmanuel B. Dongala, l’acte sexuel a lieu, entre autres, en forêt qui fait office de refuges des miliciens. Car, la guerre ramène l’homme à sa nature primitive, déroute la civilisation et ses inventions dont le lit, favorise Les Noces barbares, pour reprendre ce beau titre de Yann Queffelec (1985).

 

Plus qu’un ventre maternel, la nature et ses forêts sont un cadre édénique pour des envolées érotiques insoucieuses. Un lit d’amour naturel en parfaite adéquation avec le rêve de l’évasion et de la liberté. Nous l’avons dit précédemment, les premières amours humains ont eu lieu dans la nature. Cette dernière est un véritable jardin d’éden pour les libertins en quête de liberté et de sensations sans contraintes ni honte. Et les personnages des récits développant la sexualité aiment à s’y lover pour satisfaire un impératif aussi naturel. Le désir étant considéré comme un appel de la nature, il n’y a que ses paysages, ses prairies, ses forêts, ses buissons, pour en être le lit d’accueil.

 

 

Bibliographie

 

Beyala, Calixthe (2003). Femme nue, femme noire. Paris : Albin Michel.

 

Brulotte, Gaëtan (1998). Œuvres de chair. Figures du discours érotique. Paris, l’Harmattan.

 

Chrisment, Élodie (2015). « Les Camions du Bois de Boulogne », [en ligne], https://www.vice.com/fr/article/les-camions-du-bois-de-boulogne-elodie-chrisment-578 (page consultée le 04/06/17).

 

Chrisment, Élodie et Hans, Lucas (2015). « Photos. "Lieux de plaisir″ : un regard sur les prostituées du Bois de Boulogne », [en ligne], http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20150612.OBS0710/photos-lieux-de-plaisir-un-regard-sur-les-prostituees-du-bois-de-boulogne.html (page consultée le 04/06/17).

 

Dongala B., Emmanuel (2002). Johnny Chien Méchant. Paris : Le Serpent à Plumes.

 

Queffelec, Yann (1985). Les Noces barbares. Paris : Gallimard.

 

Tchak, Sami (2001). Place des fêtes. Paris : Gallimard.

 

Xingjian, Gao (2000). Le livre d’un homme seul. La Tour-d'Aigues : l’Aube.

 

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