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Rock Point Provincial Park, Lowbanks, Ontario, juin 2016

 

Le titre de ce petit texte ne peut guère être vrai. Il n’y a rien d’inventé dans ce que je vois maintenant. Le paysage de roche et d’herbe sur la rive du Lac Érié se déploie devant moi comme une marge subtile entre le sentier et la blancheur du lac. Nous savons tous que la pierre plate qui s’étend jusqu’à l’eau porte les marques du temps fossilisé. Cependant, la vie sur ce rivage ne se laisse pas décourager. Elle s’entête à former des chemins et des creux où l’eau s’est amassée. Comme l’écrit le poète suisse Philippe Jaccottet : « Tout tient ensemble, ici, aujourd’hui. Même la buée des premières feuilles, ombrageant les berges. Rien ne parle d’exil » (Après beaucoup d’années, 25). Elles sont bien admirables, ces herbes qui vivent de presque rien. Le rocher erratique, qui n’est central que dans le regard de l’observateur, préside au recueillement de l’eau. Ce paysage des confins s’organise ainsi sans moi, dans sa solitude propre. L’éternité lui appartient. C’est pourquoi ceux et celles qui, dès l’hiver, fréquenteront ce rivage ne verront que la pointe du rocher tutélaire qui continuera de baliser par sa masse obscure le domaine habitable.

 

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