Subscribe for Updates

  • Black Instagram Icon
  • Black Twitter Icon

Entre les visions fantasmées et exotiques du Nord-du-Québec et les projets utilitaires des multinationales guettant avec convoitise chaque parcelle du territoire, il y a un monde fascinant et complexe à découvrir. L’immensité et l’altérité de ce territoire nordique l’isolent du reste de la province ; la beauté et la rudesse de la toundra expriment la complexité géographique de cet espace. Ce clair-obscur se retrouve aussi au sein des communautés y résidant : le climat social est aux confluents de l’harmonie et de la violence, véritable conséquence d’un système qui a oppressé les Inuits pendant trop longtemps. Comment parler de cette problématique sans tomber dans la culpabilisation ou pire dans l’amoindrissement de l’histoire des Premières Nations ? Entrent en jeu les propositions de Louis-Edmond Hamelin, ce géographe québécois qui a été le premier à considérer la question, dans les années soixante, sans tomber dans un discours colonialiste. Pour lui, autochtonie et nordicité sont liées en un concept global ; ses idées et ses concepts ont mis en lumière tout un monde qui auparavant n’existait guère dans les esprits des habitants du Québec.

 

Qu’est-ce qui détermine la nordicité ? C’est l’espace. Pour l’écrivain Jean Désy, « la toundra demeure le symbole même de la nordicité extrême, du nomadisme et de la grande liberté. » Louis-Edmond Hamelin est celui qui a mis au monde le néologisme « nordicité », ainsi que plusieurs autres mots dont on se sert aujourd’hui pour décrire le monde nordique. Pour lui : « Un mot est comme un atome. Une fois ouvert, le mot explose, libérant toute une mer de possibilités. » Hamelin savait bien que le vocabulaire était la première étape pour mettre au monde une réalité qui pénétrerait la conscience des « Sudistes ». C’est pourquoi la nordicité littéraire a un grand rôle à jouer dans la reconnaissance des peuples circumpolaires ; la transdisciplinarité intrinsèque de la nordicité permet d’aborder des questions politiques, écologiques, sociologiques, ethnologiques, historiques et poétiques. 
Pour être en mesure de voir le monde au travers du prisme de la nordicité, il est nécessaire de développer une nouvelle structure mentale, comme l’a fait Désy qui se désigne lui-même aujourd’hui comme un nomade intellectuel. Depuis plus de trente ans, il parcourt le Québec grâce à son métier de médecin, ce qui lui a permis de faire connaissance avec les habitants des régions éloignées et d’apprécier leur diversité.  De toutes les rencontres et explorations qu’il a faites au cours de sa carrière, il semble que les plus marquantes soient celles du Nord-du-Québec. En effet, parmi les livres qu’il a publiés, il y en a plus d’une douzaine dont l’action se situe au Nord du 50e parallèle. 


La raison est simple, c’est là-haut qu’il se sent le plus en vie et le plus libre.


Les théories de Louis-Edmond Hamelin trouvent une concrétisation dans son écriture ; le Nord est représenté dans ses œuvres comme un lieu qui permet l’élargissement de la conscience, mais aussi la rencontre avec l’Autre. Que les personnages mis en scène soient Innus, Inuits ou Crees, il y a toujours un amour et un respect considérable pour leur « américanité première », selon l’expression d’Hamelin. Pour Jean Désy, « l’existence harmonieuse des nordistes du Moyen Nord, ‘’Autochtones’’ et ‘’non-Autochtones’’ ne peut que passer par un amalgame à la fois paisible et fort, parce que le territoire, qui est en fait un ‘’pays dans le pays’’, reste essentiellement à bâtir.  » Pour y arriver, nous devons partager une identité commune, dans un esprit de métisserie consensuelle, qui agencerait les différences au lieu de les opposer et dont le filon serait la nordicité. 


La littérature est une voie vers ce monde plus juste et  équitable, car elle éveille les consciences et dirige l’attention du lecteur vers l’essentiel. Je crois que la représentation du monde inuit chez Désy est bien plus réaliste que celle des médias de masse, car elle aborde tous les aspects du monde nordique. C’est pour cette raison que je recommanderais particulièrement ses œuvres dans un cadre éducatif. Dans ce contexte, le rôle de l’écrivain engagé est de mettre fin à l’ignorance et au statu quo, car l’immobilisme a déjà fait ses preuves et il est temps d’aller de l’avant pour une réconciliation entre le Nord et le Sud. 

 

 Fjord de Salluit (Nord-du Québec) par Jean Désy


 

Please reload