• Artis Natura

Guérisseuse


Il est des poèmes que l’on crée avec le lointain, par l’inconnu. En fermant les yeux apparaissent des images que l’on tisse auprès des vieux tiroirs de sa mémoire.

Je me suis prêtée au jeu d’écrire pour les femmes de pêcheurs, et conter leur attachement à cette étendue qui les cerne, la mer. Des silhouettes de dos que leur costume et leur verticalité rendent stoïques, les pieds au sol, le cou tordu vers l’horizon. Elles sont telles des balises qui lancent au couchant leur tristesse, leur espoir, leur rage. J’ai voulu me fondre en leur plainte et rêver comme elles, de défaire la tempête comme on efface un dessin.

Guérisseuse

te nettoies-tu

des pleurs

comme tu laves

la roche en sable?

Appât du soleil

aimant des rêves

à ne plus les laisser vivre

ton étendue

biaise la finitude

de mes organes

tu nargues, canardes

les plaintes en tes fonds

et émiettes le temps de ceux qui te parlent chaque soir

……………….

Le minéral et l'air

ce lieu serré de vie

nue poursuivie

de vent

la plage

et sa route

idem au fond

les poux de mer

le roc et

ce qui s'effrite

rien ne mûrit

les idées s'y rincent

la colonie des êtres reprend

des algues balancent leurs jours

avec l'eau pour marmite

……………….

La mer

est une patrie

elles s'y usent

du regard

leur verticalité se guette comme une balise

"terre"

les pleurs

nourrissent les flots

les gémissements

abreuvent le ciel

Elles font front

sans ruse

à l'embuscade

de la tempête et

du poisson

Pleureuses un écartèlement du sol au cœur

……………….

Le vent

gant de toilette

débarbouille

la stratosphère

et crucifie les étoiles

il secoue la mer, veille couette,

qui se débarrasse

de ses ondes crispées

auprès de l’air

……………….

Quand la vague d’après rejoint celle d’avant

elles glissent ensemble

Une pointe de finesse

sur une plage endormie


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